Jeux de jadis p.48

Le jeu de QUILLES.

Dans les villages de notre entité, un des jeux traditionnels typiques les plus populaires était le jeu de quilles. En wallon liégeois, ce jeu était appelé « djeû d’bèyes« . Une quille portait donc le nom de « bèye« . On en comptait généralement neuf et on les faisait tomber avec un « boulèt« . On rencontrait le terrain de jeu à des endroits divers, que ce soit sur la place du village ou, comme à Rotheux, contre le mur de la maison faisant le coin des rues actuelles Duchêne et Sart-Laurent.

Le but du jeu est, d’une distance déterminée, d’essayer d’abattre les quilles en lançant la boule, « li boulèt as bèyes », qui doit toucher la planche, fixée au sol devant le joueur.

On pouvait jouer « à la goutte », soit à la part. Ainsi, celui qui abattait le plus grand nombre de quilles emportait la part. Si un autre joueur avait abattu le même nombre de quilles, alors la partie était « bouffe« , Cependant, les autres joueurs pouvaient reprendre part au jeu et remettre la valeur de l’enjeu. Souvent, on jouait le dimanche, à la sortie de la messe. On se rendait alors au café, où il y avait fréquemment un jeu de quilles.

Par ailleurs, ce jeu est à l’origine de bon nombre d’expressions, souvent truculentes, en wallon liégeois. On dit « c’est l’bon Diu qui djowe as bèyes » quand il tonne, « èsse rond comme ine bèye » quand on a bien bu et bien mangé ou « c’è-st-in bèye qui li r’vint » quand quelqu’un avait un accroc qu’il méritait d’avoir.

De même, quand on avait une revanche à prendre, on s’exclamait: « i m’divèt turtos ‘ne bèye » (ils me doivent tous une quille!). On disait aussi: « A! cila, si djèl tin, dji lî promèt ine bèye! » (Ah! celui-là, si je le tiens, je lui promets une quille!). Cette expression, je pense, n’a nul besoin d’être davantage explicitée…

on djeû d’bèyes

Enfin, lors de la pratique même du jeu, on pouvait rencontrer: « ni fé nole bèye » (faire un coup nul), « fé totes lès bèyes » (faire toutes les quilles) ou « fé noûf » (les abattre toutes). De même, au sens figuré, « a l’êtinde, vos dîrîz qu’i va fé totes les bèyes« , signifiait qu’à l’entendre, vous diriez qu’il va faire merveille.

Alain-Gerard KRUPA.

Remarque: les illustrations et les références dialectales sont issues de: HAUST, (Jean), Dictionnaire Liégeois, Liège, 1933.

A PROPOS DU JEU DE QUILLES.

Pour clôturer cet article, nous cherchons les emplacements, de ces jeux de quilles, sur NEUPRE. Les anecdotes et les documents sont les bienvenus.

D’après nos renseignements, nous avons repéré 6 lieux (2 à Neuville, 3 à Rotheux, 1 à Plainevaux). Qui dit mieux!!!