LA FABRICATION DE MANCHES D’OUTILS 1

Publié le 11 octobre 2010

Alain-Gérard KRUPA


Première partie

Jadis, la fabrication de manches d’outils destinés àl’industrie et àl’agriculture était un artisanat florissant, dans certaines communes du Condroz, comme àRotheux-Rimière ou àNeuville-en-Condroz. En 1950, une équipe d’enquêteurs du Musée de la Vie Wallonne s’est rendue chez Mr Bourgeois pour y recueillir àla fois le vocabulaire utilisé dans ce métier et noter les opérations de fabrication.

Les essences utilisées étaient diverses. Pour les pelles, on utilisait de l’aulne, du platane, du frêne, du bouleau, ou du saule. La fabrication des râteaux nécessitait l’emploi de coudrier ou de frêne, alors que les pioches
étaient confectionnées en frêne. Ces dernières étaient faites "sur quartier", c’est-à-dire en façonnant des "quartiers" obtenus en fendant des tronçons de frêne. Ces manches présentent l’avantage d’être plus solides que les manches dénommés "sur rondins".

Dans ce petit article, nous examinerons d’abord comment on fabriquait ces bois de quartier. Les tronçons ("roles") de frêne ont été sciés àla scie àtronçonner ("fiêr di r’cèpe"), maniée horizontalement par deux hommes. Pour fendre ("finde"), le tronçon dressé, on se sert de coins
("cougnets"), de fer et de bois, qu’on chasse au marteau. On les fend en un certain nombre de quartiers, ("cwartîs") d’après la grosseur du bois (...). Les quartiers àleur tour sont fendus (...). Le manche qu’on tient dressé sur le billot est ensuite dégrossi ou "sbatou" àla hache (...). Pour travailler les manches "sur quartier", on dispose d’un bâti
spécial dit "ponte" ("pointe"), où le manche est tenu horizontalement par deux "pointes" de fer dont l’une est fixée, et dont l’autre, placée àla distance voulue, se serre àla manivelle. Le travail est fait àla plane et au rabot.

Pour la fabrication de haches et "hav’rèces", on utilise le "couteau àdeux mains" et une seconde plane, un couteau étroit appelé "li strà»t coà»tê". Après avoir ensuite raboté le manche avec le rabot cintré, on doit encore racler l’"échancrure" avec un racloir, pour parachever le creux. Reste alors àbiseauter le bout et àpasser le manche au
papier de verre.


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