LE SCIEUR DE LONG

Première partie
Publié le 28 octobre 2010

Alain-Gérard KRUPA


Jadis, les charrons, les menuisiers ou les charpentiers devaient faire scier leurs bois par des scieurs de long. Ceux-ci travaillaient sur une installation particulière : le hourd.

Pour scier de cette façon, il fallait deux scieurs de long qui se plaçaient dans le fond du hourd. Le hourd était un échafaudage de bois monté au-dessus d’une fosse. Parfois, le hourd était monté àdemeure dans la cour d’une ferme ou de l’habitation de ces travailleurs du bois. Une toiture pouvait aussi recouvrir le hourd.

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Le hourd de BILSTAIN en 1942
Archives M.V.W. 23413

En forêt, on utilisait souvent un échafaudage démontable, sans fosse, que l’on dénommait "tréteau". "Quand le bois àscier avait été placé sur les traverses, celles-ci étaient montées àla hauteur voulue àl’aide de chevilles (...) qui soutenaient les traverses àchaque extrémité ; on soulevait alternativement un bout, puis l’autre, de chaque traverse". Cependant, ce genre de travail était lent et la structure manquait de stabilité. Par conséquent, le sciage était plus fatigant et malaisé. C’est pourquoi la plupart des scieurs travaillaient sur des hourds fixes, avec fosses. Ainsi, même en forêt, on prenait le temps de monter pareil hourd.
Quand un terrain en pente naturelle, il n’y avait pas besoin de fosse : l’on disposait deux "chargeoirs" pour amener les troncs du dessus et l’on étançonnait les montants par des "boutants" du côté de la vallée.

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Hourd simplifié

L’autre nom de scieur de long était "scieur aux planches" ou "scieur au haut fer" ou "au long fer" ou encore "scieur aux bras". Pour qu’un sciage soit de valeur et de qualité, il convenait que les scieurs soient habitués àtravailler ensemble. Un travail de sciage d’un tronc pouvait en effet durer près d’une semaine ! C’est pourquoi, généralement, le scieur de long n’aimait guère changer de compagnon.

La journée d’un scieur de long était longue et difficile : travail de 6 heures du matin à7 heures du soir avec de courtes pauses à10 heures du matin, àmidi et vers 4 heures dans l’après-midi. Du fait de l’exigence du métier et de l’énergie que nécessitait le sciage, les scieurs se donnaient chaud àscier. Il n’était pas rare qu’ils travaillent en plein hiver en bras de chemise ! De même, ces efforts sont intimement liés àleur réputation de buveurs. Étant donné cette énorme dépense physique et l’ai plein de sciure qu’ils respiraient, il était bien normal que ces courageux lèvent le coude plus souvent qu’àleur tour.

On distingue généralement quatre grandes opérations de sciage dans le cadre du travail du scieur de long. Cette fois, nous traiterons, du tronçonnage et de l’équarrissage.

Le tronçonnage est la première. Ainsi, si le tronc est long, il doit être scié en billes ou tronçons. Qu’il soit court ou long, le tronc doit être scié transversalement afin d’obtenir deux plans verticaux àchaque extrémité du tronçon. Ce travail est effectué àl’aide d’une scie horizontale . Parfois, un tronc d’arbre pouvait atteindre 10 mètres de long ! Généralement, il possède au moins 60 cm de circonférence. Quand les troncs sont inférieurs à60 cm, ils sont classés comme bois de mine. Les autres sont des bois de sciage.

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Le nettoyage du tronc

Le nettoyage du tronc
C’est dans la même position qu’il sera placé sur le hourd pour être scié.
Les deux fazès hatches sont visibles. Archives M.V.W A.35661.

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Hache àéquarrir et passe-partout

Hache àéquarrir long. 65cm et Passe-partout ou "fer àrecéper"

Le tronçonnage terminé, les scieurs entament l’opération d’équarrissage. Equarrir consiste àopérer une taille grossière sur le tronc découpé destiné àlui donner des formes se rapprochant de celles d’un parallélépipède àsection carrée ou rectangulaire. L’équarrissage se fait au besoin après que la partie saillante des noeuds pouvant déparer le tronc a été enlevée àla cognée ou hache.

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L’équarrissage

L’équarrissage, le tronc repose sur les fazès hatches. Archives M.V.W. A.35660b

Lisons l’ethnographe Elisée Legros :
« les équarrisseurs (...) posent le tronçon de manière telle qu’on puisse scier le plus de planches possible. Pour cela, si le tronc n’est pas absolument droit, il faut que la partie bombée soit en haut, de façon que les côtés du tronc apparaissent comme formant des droites et non des courbes aux yeux du scieur qui s’est placé dans l’axe du tronc ; ainsi on pourra scier le plus grand nombre de planches possible sur toute la longueur de l’arbre.(...) L’un des scieurs manie et lève le tronçon (...) soit àla main, soit en se servant d’un levier en bois (...) si le tronc est trop pesant àsoutenir ; l’autre, se tenant dans l’axe du tronc, juge du moment où l’arbre est "sur sa voie droite", (...) Manier ainsi le tronçon s’appelle "tourner le bois sur les cales".(...) Ensuite, les scieurs prennent leur hache àéquarrir(...). Ils commencent par niveler avec elle un des flancs du tronc en deux endroits, près de chaque "ablo" (=cale), pour que les surfaces nivelées puissent servir d’assises au tronc. (...) Les assises faites et l’arbre calé (...), on équarrit (...) le tronçon de chaque côté, àdroite et àgauche, avec la hache àéquarrir.(...) Il n’est pas nécessaire d’obtenir, en équarrissant, une surface absolument plane ; on suit la courbe du bois, en aplanissant juste assez pour permettre un marquage visible et pour permettre également, d’un côté, le déplacement du scieur sur le tronc, de l’autre, la pose stable du tronc sur le hourd ; s’il subsiste des bosses ou des restes gênants de nÅ“uds, on les réduit au préalable àla hache àéquarrir (au besoin àla cognée encore) ; de toute façon, on enlève le moins de bois possible pour perdre le minimum de marchandise.(...) Les côtés une fois équarris, on fait faire de nouveau au tronc un quart de tour sur lui-même ; il repose ainsi sur une des faces équarries. Le plan supérieur est alors complètement nettoyé ; on enlève ce qui peut rester de l’écorce, ainsi que les parties trop foncées où la marque n’apparaîtrait pas suffisamment ; c’est peler (ou écorcer) et nettoyer le bois (...) ou encore le laver. »

Dans la deuxième partie de cet article consacré aux scieurs de long, nous décortiquerons, comment les scieurs écorcent leurs arbres, la phase du marquage. Elle comporte la préparation, le marquage du premier trait horizontal et le marquage proprement dit. Cette étape précède la pose du tronc sur le hourd.


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