3 Le marquage et la pose sur le hourd

Troisième partie
Publié le 4 décembre 2010

Alain-Gérard KRUPA.


Une phase essentielle dans le travail du scieur de long est le marquage. Il précède la pose du tronc sur le hourd et le sciage proprement dit.

C’est àl’aide d’un cordeau fait de longs brins de laine tendus entre eux comme une cordelière de chaussons d’enfant que l’opération de marquage est réalisée. Le cordeau est noirci avec de la suie avant d’être plongé dans l’eau savonneuse ou du genièvre afin de l’imprégner. Puis, les scieurs tendent le cordeau et le fouettent afin de laisser échapper le noir superflu. C’est l’opération de secouage du cordeau.

Marquage du premier trait horizontal. Le cordeau vient de retomber.
Photo M.V.W. n A. 35662

On peut alors commencer àmarquer le tronc. "Le point de départ et le point d’aboutissement du premier trait de cordeau (...) peuvent être déterminés au jugé, (...)surtout pour des bois minces. (...)pour des sciages plus importants, on calcule avec un compas (...)" . Si la ligne est établie au jugé, elle ne doit pas se trouver obligatoirement au centre du tronc. "On l’établit àla place la plus avantageuse pour débiter l’arbre d’après l’épaisseur des planches àobtenir (...). Tout l’art de bien marquer un tronc réside dans le tracé de ce premier trait. (...). "C’est làtout le métier" expliquent les scieurs". LEGROS, Elisée, Le scieur de long en Ardenne liégeoise, in Bulletin des Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, nï‚°43-44, tome IV, 1946,pp.213-254.

La première ligne tracée, l’un des deux scieurs tirent la corde sur l’extrémité de la ligne de partage horizontale tandis que l’autre détermine, àl’aide d’un fil àplomb, la position que doit prendre le cordeau pour marquer la première ligne sur cette face verticale du tronc. Puis, le trait est tracé. Les autres lignes àtracer sur cette face sont repérées au compas, puis tracées au cordeau. "Le même tracé de la ligne d’aplomb est fait àl’autre extrémité du tronc, avec autant de soin que la première ; on détermine ensuite au compas, en haut et en bas de cette tranche, de chaque côté de la ligne d’aplomb, des points correspondant aux points d’aboutissement des lignes tracées sur la première face. Ces points sont réunis àl’autre extrémité par les lignes parallèles àla ligne de partage horizontale, marquée au cordeau de la même manière qu’elle. On retrempe le cordeau s’il ne marque plus suffisamment".


Marquage du premier trait vertical ou blason. Photo M.V.W n35663a


Marquage des autres traits verticaux. Photo M.V.W. n35663e

Par la suite, le tronc est retourné et son aplomb est recherché pour pouvoir tracer les lignes horizontales sur le dernier long côté du tronc. Les lignes doivent se superposer aux premières.

La pose du tronc sur le hourd est une opération importante et délicate. Pour cela, on se sert généralement de deux gros bois nommés "chargeoirs" que l’on place sous le tronc afin de lui donner une inclinaison oblique. Les "chargeoirs" ont environ quatre mètres de longueur suivant la grosseur du bloc surtout la hauteur àatteindre et la pente du sol. On fait alors rouler le tronc sur d’autres bois disposés tels des rails àl’aide d’autres bois servant de leviers. Le tronc est ainsi déplacé jusqu’aux "chargeoirs".

Le tronc est hissé sur le hourd - Cliché MVW - A35668a

"On pousse alors le tronc àla main sur le plan incliné constitué par les "tchèrdjeà»s" (chargeoirs). Cette opération, parfois pénible, est facilitée par l’existence de faces équarries, qui forment arrêt : "on s’pout r’haper" (on peut reprendre haleine). Il faut du reste agir sans brusquerie, pour ne pas faire tomber le tronc dans la fosse. Quand le bois est trop lourd, on pousse d’abord quelque peu un des bouts, on le cale, puis on pousse l’autre bout qu’on cale aussi, avant de se remettre àpousser le premier, et ainsi de suite" . in LEGROS, Elisée, Le scieur de long en Ardenne liégeoise, in Bulletin des Enquêtes du Musée de la Vie Wallone, n43-44, tome IV, pp. 213-254

Une fois le tronc posé sur le hourd, l’étape suivante consiste àrégler et àcaler ce même tronc. Pour cela, le bloc doit être mis d’aplomb.
Celui-ci est vérifié au fil àplomb en se servant de la ligne tracée sur la tranche de l’arbre se trouvant du côté de la traverse fixe. Le tronc est calé àl’aide de coins, puis il est attaché àla traverse fixe àl’aide de happes ou "agrapes" (agrafes). Elles sont au nombre de quatre, cinq ou six, selon la grosseur du tronc. Il s’agit de sortes de crochets ou de crampons doubles servant également àlier deux pièces de charpente. Le terme de "happe" signifie aussi un demi-cercle de métal qui protège de l’usure chaque extrémité d’un essieu de charette.


L’extrémité du tronc, fixée sur la tête du hourd au moyen de Happes, agrapes.
Archives du MVW - n23414 -

"Les agrapes (...) sont enfoncées derrière le tronc, de la base du bois (...) et dans le flanc de la traverse, ayant leurs pointes dans l’axe longitudinal du hourd, et placées entre les traits de façon àne pas toucher la scie (...)." LEGROS, Elisée, Op.cit.

En fin, on place le reculoir, d’une part, sur l’extrémité de l’arbre àscier, et, d’autre part, sur un des barreaux de l’échelle fixe.

Dans le dernier article consacré au travail des scieurs de long, nous évoquerons successivement les outils de scieurs et le sciage proprement dit.


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