4 Les outils du scieur de long

Quatrième partie
Publié le 4 décembre 2010

Alain-Gérard KRUPA


Du tonnelier au charron, au marquetier, au sabotier, au boisselier, au tourneur, au sculpteur, du charpentier au luthier, la diversité des métiers du bois, la spécificité des tâches, requièrent une diversité et une spécificité pareilles des outils. Il existe cependant un outillage commun àceux qui transforment cette matière, un outillage de base qui se rencontre dans la plupart des métiers.
Pourtant, le scieur de long semble s’en distinguer. Avec le bà»cheron, il représente le métier de base dans la chaîne du bois, dans la filière de cette noble matière.
"Fer aux planches" M.V.W 23430"Fer aux planches" M.V.W 23430---------->

Dans les quatre précédents articles consacrés au travail du scieur de long, nous avons évoqué les outils successivement utilisés. Rappelons l’importance de la hache àéquarrir, ainsi que du cordeau, du fil àplomb et du compas àpointes sèches nécessaires pour le marquage, et ce dans les étapes initiales. Un tourne-à-gauche et une lime pour la préparation des scies, des "agrafes" pour caler le tronçon, une chasse en bois pour introduire des coins dans la voie ouverte par la scie et ces coins eux-mêmes, sont d’autres outils essentiels.

Cependant, le principal outil du scieur de long est évidemment la scie de long. C’est pourquoi il convient que l’on s’y attarde quelque peu.

Sans la poignée supérieure, la scie mesure de 1,80 à2 mètres. Elle pèse de 10 à15 kilos. Elle est munie de deux poignées. La poignée supérieure est dénommée "fourche" ou "queue". Elle comporte un fin manche en fer dirigé dans l’axe de la lame et courbé en forme de sabre vers l’avant. Une traverse en bois (de ± 50 cm), amovible, passe dans la douille ("bà»se") horizontale formée par le manche àson extrémité supérieure. Le manche est fixé àdemeure sur la lame dans certains types. Dans d’autres, il est amovible. Quant àla poignée inférieure (ou "mènote"), en bois et amovible, elle s’adapte vers le bas de la scie et se serre contre la lame. La poignée inférieure se met tout en bas de la scie pour le bois assez gros. Pour les plus fins, les plus petits, on la fixe généralement plus haut, afin de raccourcir la partie travaillante de la scie en épargnant la peine du scieur.
Il va de soi que cet emplacement dépend avant tout de la taille du scieur .

Préparation et entretien de la scie de long.

L’écartement des dents doit être réglé suivant l’essence des bois àscier. Par exemple, pour les bois plus tendres, àla sciure plus grosse, il faut beaucoup de voie, c’est-à-dire un grand écartement des dents. On donne de la voie àune scie en pliant légèrement les dents vers l’extérieur àcontre-sens, alternativement àdroite et àgauche.

Par ailleurs, il faut limer la scie, en commençant d’abord par le fond de la dent. "En limant, si on veut donner du mordant àla scie (...), on rend les dents plus crochues et plus pointues. Cette opération est nécessaire pour le bois tendre tel le sapin" .


La préparation de la scie calée
dans les rainures du limeà».
MVW n23418

"L’affà»tage de la scie, avant le sciage et, éventuellement, s’il s’agit de rendre àla scie plus de mordant ou de voie au cours du sciage d’un gros tronc, sa rectification se fait, comme pour les autres scies, en calant le dos de la lame dans les rainures d’un limoir" .

Les scieurs au travail.
Un coin vient d’être introduit dans la voie

M.V.W A. 35672e

Le sciage.

Deux scieurs pratiquent le sciage : l’un se tient sur le tronc et l’autre dans la fosse. Ils guident la scie en suivant le trait marqué au cordeau.

Le début de cette opération est très importante car la scie, une fois mise en place, se guide pratiquement d’elle-même en raison de sa largeur. Pour faciliter la pénétration de la scie, on introduit des coins de plus en plus gros dans la fente ouverte àl’extrémité du tronc. Ces coins rendent le sciage plus aisé.

" Le déplacement de la scie dans le plan vertical n’est pas un simple mouvement alternatif. le scieur du bas, quand la scie remonte, la tient d’abord un peu en arrière, puis àla fin de la remontée, la rapproche du bois. Pendant ce temps, le scieur du haut l’écarte jusqu’àce qu’elle soit arrivée àson point haut. Quand la scie redescend, le scieur du bas commence par tirer fort en poussant la scie contre le bois ; celui d’en haut rapproche la scie de lui dès le début de la descente et il ne pousse fort qu’àpartir du moment où le fer arrive au milieu de sa course. Le fer mord ainsi, progressivement de plus en plus de bois au cours de la descente, et il ne scie pas pendant la remontée".


Le scieur du haut est passé sur l’allonge. MVW n23428

" À la fin du sciage du tronc, le scieur d’en haut est arrivé sur le reculoir, l’allonge disposée pour lui permettre de se tenir au-delàde l’arbre. (...)
Comme on ne peut scier dans la traverse fixe sur laquelle repose la base du tronc, (...) il reste toujours un point d’attache ayant, sous le tronc, au moins la largeur de la traverse fixe (...). Les derniers coups se donnent au ralenti (...). Quand on en est arrivé làpour tous les traits, les scieurs tirent les agrafes. C’est déclouer le bois. Alors, en se servant de la hache àéquarrir (...) on éclate les planches".

Alain Gérard KRUPA.


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