Paul Dangoxhe

Désir d’envolées littéraires annonçant celles du maire de Champignac, coups fourrés, basses insinuations, cancans de village, tout est bon pour alimenter la guéguerre entre l’autorité communale et le prêtre desservant la paroisse.
Voici quelques extraits d’une longue correspondance du Conseil communal de Rotheux-Rimière adressée en 1850 à l’Evêque de Liège, Mgr Richard-Antoine Van Bommel.
Mai 1850
Monseigneur,
La délibération du 17 janvier dernier soumise à votre appréciation avait en vue de rétablir la gestion de la fabrique sur un pied régulier et de maintenir les dépenses dans les limites d’une bonne administration : tout homme juste et loyal se raliérait (sic) à. une telle mesure mais contre toute les prévisions elle a été l’objet des critiques les plus violentes et des insinuations les plus mensongères ; toutes les mesures extrêmes ont été employées pour déverser l’odieux sur les auteurs d’une résolution indispensable ; l’exercice du culte a été subordonné à la gestion de la fabrique ; il en est devenu l’accessoire arbitraire ; on est allé jusqu’à en rendre la fabrique impossible pour contrarier les fidèle ; la messe paroissiale a été fixée de 10 à 7 heures moins un quart du matin. Les faits démontrent que ce moment est choisi pour gêner les habitans (sic) qui arrivent pêle-mêle jusqu’à la fin de l’office que l’on commence avec la moitié des assistants.

Vous avez sans doute autorisé se (sic) changement dont nous relatons les résultat (sic). Monseigneur, comme il n’a pas suffi pour exaspérer un peuple qui fait preuve depuis longtemps de patience, de résignation, il va subir la dernière épreuve à laquelle l’arbitraire puisse être porté; il n’y aura plus d’heure fixe puisqu’il n’y a pas d’horloge; la messe va se dire sans sonner, sans chantre et sans organistre (sic) à l’incognito comme au temps de la persécution. Le desservant nous a annoncé le 12 courant cette détermination pour dimanche en puis (sic) en donnant à entendre qu’on ne voulait payer ni le chantre ni l’organistre (sic) tandis qu’ils nous ont déclaré qu’ils n’exigeaient que ce qui leur était accordé précédemment et gratifiant d’un démenti ceux qui disaient que la fabrique rendait pas (sic) ses comptes ; quoique ces gentillesses ne puissent être à notre adresse, on ne peut nommer compte un aperçu futif (sic) et innomplet (sic) puisqu’il serait sujet à rectificacion (sic) s’il émanait d’un comptable dont la gertion (sic) serait soumise à une autorité publique ; il exposerait dans certains cas son auteur a des poursuites correctionnels(sic).
Nous croyons pouvoir nous disponser (sic) de vous relater les réflexions provoquées à cet igard (sic), Monseigneur, votre sagesse se fera parfaitement une idée de l’empression pourduite (sic) par l’acalitions (? sic) de tout ce qui pouvait distinguer le dimanche.

Août 1850
[…]
De son côté, le desservant soit par commodité, soit dans le but de contrarier les paroissiens a changé l’heure de la messe paroissiale en la fixant à 7 au lieu de 10 heures du matin.
[…]
L’heure fixée place une infinité de personnes dans l’impossibilité d’assister à l’office ; la mère de famille qui doit blanchir l’habillement de ses ouvriers, les sécher, les réparer pour le lundi, le cultivateur forcé de soigner son bétail, de le mener paître avant les chaleurs doivent nécessairement se livrer à ces occupations le matin de sorte qu’ils sont forcément privés de la messe. Une preuve évidente de cela, c’est que partout il n’y a pas un tiers des habitans (sic) qui fréquentent la première; c’est la seconde qui est suivie de préférence parce que l’artisan, le cultivateur, la mère de famille etc. ont pu faire les ouvrages indispensables.
Quant à ceux qui se rendent dans les communes voisines, les deux heures conviennent également; il est facile d’apprécier qu’on se relache (sic) bientôt de ces courses; on y voit en général que quelques jeunes gens plutôt par plaisir que dans un but religieux.
Août 1850
[…]
Le prêtre laissé trop longtemps dans une paroisse qui n’y en a plus confiance finira par en causer la perte et détruire l’élément religieux. Quelle espèce de considération peut inspirer un ecclésiastique que rien ne fait changer de vie? Sans vous entretenir de différentes intrigues récentes observées par des individus étrangers à la commune ni des tête-à-tête fréquents remarqués depuis peu avec l’institutrice ; rien ne m’a impressionné aussi péniblement que d’entendre ma petite me venir dire ingénument la semaine passée à midi en revenant de l’école : « Monsieur le curé luttait (en wallon toursihait) encore avec Mademoiselle, la petite Nicolas Looze les a attrapés le matin dans l’école, ils avaient renversé et cassé St Hubert dont les morceaux sont parmi la classe, elle l’a raconté à toutes les écolières ». Je lui demandai s’il y avait un saint dans l’école, elle me répondit que oui. Je fus si ému que je ne fis que cette question.
N’est-ce pas la plus infame (sic) des turpitudes que de profaner le sanctuaire de l’innocence; quelles réflextions (sic) surgiront à l’avenir d’une telle indécence ? Fallait-il enfin porter le scandale parmi les enfants ? L’homme le plus éhonté respecte l’innocence, il se cache pour assouvir sa passion et il faut avoir passé par tous les degrés pour arriver à cette extrémité.
Si vous reculez encore devant la mesure qui doit arrêter le cours de la dépravation des mœurs, chacun se croira autorisé à partager l’indifférence religieuse. […]