0286. LES ARBRES DE NOTRE COMMUNE (VIII)

On a déjà eu l’occasion, à maintes reprises, dans le cadre de cette série d’articles, de souligner les rapports que les arbres pouvaient entretenir avec la religion. Le chêne, arbre sacré dans de nombreuses traditions, est investi de privilèges de la divinité suprême du ciel, sans doute parce qu’il attire la foudre et qu’il symbolise la majesté. Pour nous en conforter, citons, par exemple, le chêne de Zeus à Dodone, en Epire, celui de Jupiter Capitolin à Rome, de Perun chez les Slaves ou les innombrables chênes recélant des crucifix à travers tout l’Occident chrétien. D’autre part, d’un point de vue symbolique aussi, dans la mythologie grecque, la massue d’Hercule est faite de chêne. Bref, cet arbre indique particulièrement la solidité, la puissance, la longévité, la hauteur, tant au plan spirituel qu’au plan matériel1.


Les chênes de Chavéechamps et la croix « classée » par la Commission Royale des Monuments et Sites

Dans nos régions, ces arbres sont intégrés dans le décor de la ferveur chrétienne. C’est le cas aux Chavées, où la Croix du fond de Rosières (Plainevaux) est enclavée dans une haie d’une prairie et où quelques chênes forment un magnifique berceau rustique2. De même, la Chronique du Vieux-Liège cite ces deux chênes entourant un crucifix en fonte, situés sur le chemin n2 du relevé cadastral de Plainevaux. Ces arbres ont reçu une proposition de classement datée du 10 décembre 19463.

Existant encore ou disparus , certains chênes ont souvent joué les utilités: arbres corniers, haies de délimitation, arbres de carrefour, de rendez-vous ou arbres repères. Même disparus, certains chênes colossaux ont laissé un souvenir ému. C’est l’exemple du « Chêne-Madame » déjà évoqué. On a vu aussi le rôle d’arbre-fétiche. D’autres chênes encore peuvent porter les signes d’une piété plus orthodoxe: c’est le cas des arbres crucifères. L’exemple cité plus haut rejoint cette catégorie. Ils pouvaient accueillir pèlerins et processionnaires.

Souverain par sa stature, tant à l’échelle humaine que végétale, le chêne est aussi promu symbole et instrument du pouvoir séculier: il était parfois invité à servir de potence. Parfois, un chêne pouvait être l’endroit où le seigneur du lieu rendait la justice: c’est sous sa ramure que le Prince libérait chaque année, à l’occasion de la fête, un malfaiteur condamné au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Cet exemple est celui du vieux chêne de Saint-Jacques, hameau sis près de Trois-Ponts.

Même forestier, le chêne est parfois épargné, voire protégé, en raison d’une conformation curieuse. On a pu l’illustrer dans des articles précédents. L’ornementation est aussi un caractère propre, une sorte de fonction esthétique. Ainsi, on entoure de mille attentions les arbres de cette essence qui rehaussent parcs et espaces verts de leurs hautes frondaisons. Bref, les arbres en général, les chênes en particulier, ne rythment pas que l’espace, ils donnent forme au temps4.

Avant de clôturer la liste et l’exploration des principaux chênes de notre commune, et avant d’entamer l’évocation d’autres types d’arbres, tels que charmes, hêtres, noyers, peupliers, frênes, coudriers et arbres fruitiers, il convient de citer ces chênes pour lesquels nous n’avons pas trouvé beaucoup de renseignements. L’appel est donc lancé afin de … débroussailler la matière!

C’est le cas de ce vieux chêne, situé près du Tiège du Luxembourg, de la Neuville à la Rimière, à la limite de Neuville. C’est aussi le cas du chêne à la « macrèle » ou du tronc de chêne à la macrelle, situé à Plainevaux, à la limite du territoire d’Esneux. Etait-ce un lieu de rendez-vous?

Enfin, disons aussi que de nombreux villages ont gardé dans leur dénomination le souvenir d’un arbre typique. Cela pourrait être le cas de ce lieu-dit de Plainevaux appelé « Gérard chêne« . Jean HAUST l’évoque par cette glanure toponymique: « è djèra-tchêne« 5.

Cette insistance à conserver le souvenir de l’arbre repère ou symbolique mérite d’être relevée elle aussi, encore que la constatation en soit banale.

Pourtant, ces appellations diverses nous permettent de leur conférer un surcroît d’existence en prêtant l’oreille à la rumeur de l’Histoire, des histoires, dont ils sont les dépositaires. Ah! si les arbres savaient parler …

Alain-Gérard KRUPA.

1     Jean CHEVALIER, Alain GHEERBRANT, Dictionnaire des symboles, (Paris), (1994), p.221.

Les chênes de Chavéechamps et la croix « classée » par la Commission Royale des Monuments et Sites

1

2     André NELISSEN, Tilleuls, arbres fétiches et autres arbres remarquables…, in Bulletin des Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, tome IX, 1960, p.15.

3     Voir Nos Arbres, in Chronique de la Société Royale le Vieux-Liège, n270, tome IV, octobre-décembre 1989, p.17.

4     Pour plus de détails, lire la plaquette éditée par le Ministère de la Région Wallonne pour l’Environnement; les Ressources Naturelles et l’Agriculture et intitulée: « L’année du chêne », (1993).

5     Jean HAUST, Enquête dialectale sur la toponymie wallonne, Mémoires de la Commission Royale de Toponymie et de Dialectologie, section wallonne, (Bruxelles), 3, 1940-1941.