0407. CHAPELLES D’AUTREFOIS

Louis Toussaint, 1994

ROTHEUX ET RIMIERE

Lors de la construction des premières circonscriptions ecclésiastiques dans nos régions, Rotheux et Rimière furent rattachés à la paroisse d’Esneux. Les prêtres itinérants qui, régulièrement, visitaient nos hameaux cessèrent leurs pérégrinations et, partant, leurs activités missionnaires. Dès lors, les fidèles des deux petites communautés durent se rendre à l’église d’Esneux pour satisfaire aux exigences de la pratique religieuse qui se généralisait.

Les fréquents déplacements qu’ils devaient effectuer étaient souvent très pénibles car, à cette époque, les rares chemins existants étaient malaisés et semés d’embûches : collines escarpées, ruisseaux qui débordent à la saison des crues hivernales, possibilité de mauvaises rencontres…

Les désagréments de cette situation contraignante prirent fin quand fut érigée et desservie la première chapelle de Rotheux.

Linteau de porte d’entrée de la Chapelle primitive de Rotheux. Il porte le monogramme
du Christ, la date de construction et les armes du couple fondateur (Michel de Sélys-Marie de Hocht). Cette pierre se trouve aujourd’hui encastrée dans le mur est de l’ancienne église.
Photo Renaud Bertrand

Extrait de : Les paroisses de l’ancien concile de Saint Remacle Paroisse primitive du concile ou doyenné de Saint Remacle : 13191Archidiaconé du Condroz. Diocèse de Liège.

Premier témoignage de l’existence de l’église d’Esneux :

« Un des exécuteurs testamentaires du curé Martin de Tilff, en 1263, est Ricardus, presbyter de Astenoet« .2


Belle croix en calcaire, lobée, nimbée, sans modénature. Déplacée en 1764 et encastrée dans le mur d’enceinte, côté midi, de l’ancienne église.
Epitaphe, en caractères antiques, gravée en creux. Monogramme du Christ en tête et abréviation de Maria sur le pied, réalisés en taille d’épargne. La date du décès de l’épouse, complétant l’inscription, ne fut jamais mentionnée (le couple n’eut peut-être pas de descendant direct).
François Labay était « censier à la ferme des Granges ».
Marie Anne Ponthier de La Rimière, veuve de François Labay, est décédée le 11 juillet 1758. Photo R. Bertrand

La chapelle primitive de Rotheux (1631)

Elle fut bâtie sur un terrain d’aisance communautaire par les manants du hameau qui fournirent et transportèrent une partie des matériaux nécessaires à sa construction (bois, pierres, chaux,…). Le début des travaux fut possible grâce à quelques donations et legs dont bénéficia la communauté. La contribution financière de Michel de Sélys, notable de l’endroit, possédant une cense toute proche, lui permit de s’attribuer le titre de fondateur 3. A sa demande, une pierre portant les armes de sa famille, le monogramme du Christ et le millésime 1631, fut placée au-dessus du portail d’entrée (voir fig. 1). Il fut aussi posé près de la table d’autel, un écriteau portant cette inscription :

« A l’honneur de Dieu, de la Vierge Marie et de Saint Michel, leurs patrons, Michel de Sélys, docteur en droit, seigneur d’Opporteren et d’Ornes, jadis bourgmestre de Liège et Mademoiselle Marie Hocht, sa compagne, ont fait bâtir la présente chapelle en l’an 1631« .

Aucun document d’archives ne permet de décrire le petit édifice. Nous savons seulement qu’il formait un quadrilatère terminé par un chevet à quatre pans. Il était couvert d’ardoises. Sa superficie était de 870 pieds carrés et sa hauteur de 13 pieds. Les murs, en pierre, étaient blanchis à l’intérieur et crépis à l’extérieur.

Après sa construction, la chapelle ne fut desservie que très occasionnellement par un vicaire d’Esneux, aucune dotation n’ayant été prévue à cet effet.

Le premier recteur attitré connu fut Remacle Noirphalize, cité en 1663, dans un document de la cour de justice de Rimière.

Lorsque la desservitude fut attribuée, une maison vicariale fut bâtie sur le pré communautaire, derrière la chapelle. C’est au même endroit que fut établie, vers 1720, la première « escolle pour l’instruction de la jeunesse et des enfants« .

En 1681, Robert II le Rond, 45ème abbé du monastère du Val-Saint-Lambert, offre à la communauté une cloche qui, durant de nombreuses décennies, va rythmer la vie des habitants de nos hameaux.

Ecartelé : aux 1 et 4, d’or à deux fasces de gueules, aux 2 et 3, d’argent à la fasces de gueules et au sautoir du même brochant sur le tout; à la croix d’argent chargée de cinq coquilles de sable, brochant sur l’écartelé. 4

Michel de Sélys (1581-1656)

Ecuyer, seigneur d’Oppoteren et d’Ornes, capitaine d’une compagnie des arbalétriers, Bourguemaître de la noble Cité de Liège, pour la première fois en 1624. Fils de Jean de Sélys et de sa première épouse, Catherine de Hellinx. Frère de Jean de Sélys, époux de Anne le Berlier, possesseur du bien de Sottrez. 5

D’argent à un triangle renversé d’azur, chargé d’une fasce de …, accompagné de trois étoiles à cinq rais mal ordonnées du même. (4)

Marie de Hocht ( -1640)

Epouse de Michel de Sélys. Fille de Arnould d’Hocht, docteur en droit et conseiller des seigneurs-échevins de Liège, et de Jeanne d’Heur, dite Oranus. (5)

En 1745, une petite sacristie, toujours présente aujourd’hui, fut jointe à la chapelle. Dans cet édicule se trouve la pierre tombale de Jean de Nollet, – ancien propriétaire des Granges – et de son épouse. Elle porte, gravée en creux, l’épitaphe suivante :

« Ici reposent les corps de noble seigneur Jean de Nollet, seigneur de Vance, qui trépassa le 12 août 1700 et noble dame Anne Marie de Warck, sa compagne, qui trépassa… ».

Le desservant

La chapelle était administrée par un vicaire sous l’autorité du curé d’Esneux.

Il était choisi, à la pluralité des voix, par l’assemblée des fidèles. Sa principale rétribution était de 10 sous ou 1 escalin par ménage, qu’il devait collecter lui-même « la veille de la Saint Jean Baptiste ». Plus tard, il reçut des décimateurs une annuité de 300 florins. Il disposait, en outre, d’une maison avec potager et d’une prairie qu’il pouvait exploiter lui-même ou arrenter. 6

Ses activités, tant matérielles que spirituelles, étaient nombreuses et son apostolat rural s’exerçait presque à l’égal de son ministère religieux.

Il était secondé dans ses tâches journalières par un assistant qui était à la fois sacristain, fossoyeur, sonneur et homme de ferme. Par le contact constant qu’il avait avec la communauté paysanne, le vicaire acquérait une maturité de jugement qui en faisait un conseiller précieux dans toutes les circonstances difficiles de la vie.

En 1738, H.G. Henoumont, doyen des curés du concile de Saint Remacle à Liège, fait effectuer diverses réparations à la chapelle centenaire et y apporte quelques embellissements.

Vingt-cinq ans plus tard, le délabrement de l’édifice dont les murs sont en forte obliquité présente un tel danger pour les fidèles qu’il faudra envisager sa démolition.

Dans un document (arch. V.S.L., rég. 195, p. 168) du 26 mars 1764, le « notaire royal Berleur de Grandzëes (Strivay), pays de Liège » signale que suite à « la grande caducité et la ruine prochaine de la chapelle et le péril d’être écrasés dans lequel sont journellement les manants qui assistent aux offices divins » les décimateurs vont prendre les dispositions qui s’imposent pour assurer la sécurité de la collectivité.

Dans la petite sacristie – La pierre tombale de Jean de Nollet. Photo R. Bertrand.

Le 30 avril 1762, suite aux plaintes formulées par les manants de Rotheux et de Rimière et à la requête des autorités du Chapitre Cathédrale de Liège et de l’Abbaye du Val Saint Lambert, l’architecte et maître d’oeuvre Jean Gilles Jacob se rend à Rotheux afin de constater l’état de délabrement de la Chapelle et de procéder à son examen technique.

Le rapport d’expertise qu’il soumet aux décimateurs souligne la vétusté du bâtiment et en mentionne l’exiguïté. Il signale l’impérative nécessité d’effectuer rapidement d’importants travaux de restauration et propose l’établissement d’un plan en vue de la démolition partielle de la Chapelle et de sa réédification, estimant le coût de ces opérations à 4.500 florins brabant.

Après deux ans de palabres et de tergiversations, le plan est enfin dressé et proposé aux décimateurs qui le soumettent à l’appréciation des manants des deux communautés, réunis en assemblée le 26 mars 1764. Après en avoir pris connaissance, ceux-ci chargent leurs délégués d’intervenir auprès des autorités religieuses afin que les travaux projetés soient rapidement réalisés.

Le 14 avril 1764, les décimateurs (l’Eglise Cathédrale de Liège pour Rotheux et l’Abbaye du Val Saint Lambert pour Rimière) décident la réédification de la Chapelle et conviennent d’y contribuer financièrement au prorata de leurs dîmes.


Sacristie qui, en 1745, fut jointe à la chapelle primitive.
Photo R. Bertrand

Liste des manants de Rotheux et de Rimière ayant assisté à l’assemblée du 26 mars 1764, qui se tint en face du cimetière 7 et au cours de laquelle la construction de « l’ancienne Eglise » fut décidée.

Thiry Beaufort Jean, Lafontaine: tisserand, Erasme Bonjean, Lambert Lafontaine, Martin Bonjean, la veuve Nicolas Lafontaine, Jean Pierre Bosny, Jean François Lefèvre, Barthélemi Bourgeois, Jean Lefèvre, Léonard Bourgeois, Nicolas Lincé, J.J. Charlier, Catherine Lohy, Jean Closset dit Delvaux, Mathieu L’Osse, Le sieur Colignon, Toussaint L’Osse, H. Compère Jean Louis, Lambert Crepin, Pierre Louis, Evrard Damas, Gérard Lovigny, Remi Damas, François Macot, Martin Degard, la femme Macherot, Erasme Delcommune, Hubert Mahy, Martin Delcommune, Martin Massart, Pierre Delcommune, Jean Matagne, Jean Henri Donis, Joseph Morhet, la femme Jean D’Opagne, André Musin, Jean Duval, Jean Nailleux, François Firquet, Pierre Nailleux, Joseph Gabriel, Thiry Nailleux, B. Galer, le sieur Petithan, N. Gilon, Georges Prégardin, Michel Gilon, Louis Prégardin, le sieur Michel Goffin, Pierre Terwagne, Joseph Gouverneur, Lambert Thomas, Joseph Gresset, Barthélemy Toussaint, la femme Havée Joseph Villegia, Jacques Honay, Pierre Vieujean, Guillaume Jarbinet, Gaspar Winanplanche, François Labay

Leurs députés

de Beex, seigneur de Freloux et Jean Noël Nailleux, échevins de Rotheux Jean Dubois et Laurent Mercier, échevins de Rimière

La deuxième chapelle de Rotheux (1764)

Erigée en 1764, sur l’emplacement du premier sanctuaire et sur une partie de l’ancien cimetière 8, la deuxième chapelle de Rotheux est, à l’image des bâtiments ruraux de l’époque, très simple, voire très modeste et son aspect extérieur n’offre rien d’exceptionnel.

On peut cependant remarquer l’entrée principale et sa baie particulière avec voûte et pieds-droits en calcaire. A signaler aussi, la forme peu commune de l’unique nef qui, par des pans coupés, se rétrécit vers le choeur oriental à chevet plat de même que vers l’avant-corps portant le clocher. La sacristie, appuyée au flanc du choeur, est l’ancienne remaniée.

Ancienne église: Niche, au-dessus de la porte d’entrée de la sacristie. Inscription votive à Marie mère de Jésus. 1745.
Photo R. Bertrand.

Naissance d’une paroisse

La deuxième chapelle de Rotheux était, comme la précédente, dépendante d’Esneux. Au début du XIXe siècle, elle aurait été, pour un temps seulement, auxiliaire de l’église de Plainevaux.

En 1838, la chapelle est démembrée de l’église d’Esneux et élevée au rang d’église paroissiale (A.R. 31-03-1838), le vicaire Firquet devient le premier curé de la nouvelle paroisse.

En 1849, le conseil de fabrique soumet à l’administration communale un projet de transformation de l’église, prévoyant la démolition partielle de la tour et sa reconstruction sur des poutres en buis. De larges ouvertures seraient alors pratiquées dans les murs de soutènement pour permettre aux paroissiens d’assister plus nombreux aux offices.

En sa séance du 22 juillet 1849, le conseil communal, sous l’autorité du bourgmestre Gouverneur, rejette le projet, les transformations proposées étant trop onéreuses et pouvant affecter la stabilité de l’édifice. Il exige que les ouvertures, déjà pratiquées sans autorisation soient bouchées.

A la fin du XIXe siècle, l’accroissement de la population est tellement important que la construction d’une nouvelle église, plus spacieuse, devient absolument nécessaire.

Le nouvel édifice sera érigé en 1893/1894 et les offices du culte y seront célébrés à partir de 1895. La « vieille église » sera alors désaffectée.

Le 13 mai 1896, le gouverneur de la province autorisera son aliénation. Elle sera rachetée par monsieur Henri de Laminne et deviendra, à partir de 1900, salle de gymnastique, ensuite local de patro et salle de spectacle.

Le Saint protecteur

Nos anciennes chapelles, ainsi que l’église paroissiale, furent placées sous l’invocation de Saint Firmin.

Firmin (IIIe siècle)

Firmin I (martyrisé en 287). Evêque et martyr (fête loc. : 25 septembre)

Il est, selon la tradition, le premier évêque d’Amiens. Natif de Pampelune en Navarre espagnole, il aurait été converti par Saint Saturnin, évêque de Toulouse.

A Amiens, un portail de la cathédrale lui est consacré ainsi qu’à ses successeurs, un ensemble de groupes sculptés en pierre décorant le mur de clôture du choeur retrace son histoire légendaire.

Il est possible qu’en fait les deux évêques d’Amiens, tous deux honorés comme saints, aient porté le nom de Firmin, mais il est très difficile de tirer au clair les données légendaires les concernant.


Statue de Saint-Firmin (dépourvue de la crosse) qui, autrefois, était exposée dans l’ancienne église. Photo R. Bertrand

Les desservants

Cité en 1663 : Remacle Noirphalize

1667-1698 : M. Adam Delvaux, M. Henry Machuré

1698-1780 : M. Nicolas Grégoire, M. Simon Jaspard, M. Planchard M. Jean Froideau, M. J.L. Dehivre et M. Evrard

Durant cette période, quelques vicaires d’Esneux et Plainevaux ont, à diverses reprises, assuré la charge de chapellenie par intérim.

1780-1783 : M. Petithan Il fut ensuite religieux au couvent de Bernardfagne (Saint Rock) et en fut prieur en 1791.

1783-1787 : M. Collin Il fut nommé curé à Ans le 6 mai 1787.

1787-1809 : M. Stiennon Il fut nommé curé à Ouffet en 1809.

1810-1824 : M. Goswin. Décédé à Ougrée en 1828 (à 81 ans).

1828 : M. Vrancken Célébra une messe à Rotheux et fut rappelé le lendemain par ses supérieurs, les conditions proposées par le conseil communal étant incacceptables.

1828-1875 : M. Firquet Fut nommé curé en 1838, lorsque la chapelle devint église paroissiale. Décédé en 1875 (à 72 ans).

1875-1884 : M. Van Genck. Décédé à Buvingen en 1916.

1884-1901 : M. Barth. Dispa Né à Lize-Seraing le 9 août 1854, décédé à Verlaine le 28 janvier 1932, nommé curé à Verlaine en 1901. Dernier prêtre à avoir exercé son ministère à l’ancienne église.

« Vous souvient-il ami, de la petite église

Où des enfants joufflus, des femmes sans chapeaux

Et de lourds paysans à la marche indécise

Se rendaient le matin pour prier Dieu tout haut ».

(Noël RUET, 1919)

L’entrée principale et sa baie particulière avec voûte et pieds-droits en colonnes.

L’entrée de la sacristie.

1     Cartulaire Eglise Saint Lambert de Liège, MXXXI, tome III, p.p. 202-203

2     Bulletin institut archéologique liégeois, tome XXIV, p. 299

3     En 1700, ce titre de fondateur fut très contesté lorsque Michel de Haling, pasteur de St Jean Baptiste de Liège, petit-fils maternel et héritier de Michel de Sélys, entreprit une action juridique contre le curé Caraffe d’Esneux en vue de récupérer la collation de la chapelle.

4     Armorial d’Abry, 3920, 2091.

5     Recueil héraldique des Bourguemestres de la Cité de Liège, pp. 380-382

6     En 1781, cette prairie suffisait aux besoins des deux vaches que possédait le vicaire Petithan.

7     Aujourd’hui, monument aux morts des deux guerres.

8     Les dernières inhumations dans l’ancien cimetière eurent lieu en 1891. En 1905, il fut définitivement désaffecté et reconverti en place publique plantée d’arbustes. Après la guerre 1914/18, le premier monument aux morts y fut érigé.