« La chapelle » Limont-Tavier

La balade de « Mémoire de Neupré » nous emmena, le 13 février 1994, découvrir, entre-autres sites, celui de la « LA CHAPELLE ». Commentaires Guy DUMOULIN.

Appelé communément « Château de la Chapelle« , cet ensemble faisait partie de la Seigneurie de la Chapelle: l’une des 7 Seigneuries « au delà des bois » et dépendait du Duché de Limbourg. Elle est située sur la route Hout-si-Plout – Ouffet.

Les bâtiments, dont les plus anciens semblent dater du 15s., sont répartis en deux groupes:

1. – La seigneurie, le château et les bâtiments fermiers.

2. – Le moulin.

La Seigneurie 15 et 16 s – Photo R. BERTRAND

I. LES HABITANTS

Au cours des siècles, les personnages cités ci-dessous ont occupé « la Chapelle », leurs noms ont marqué l’Histoire des lieux:

13s. Jean de la Chapelle

14s. Godefroid de la Chapelle

Robert de Juppleu

Jean de Villers-aux-Tours

Eustache de Seron

15s. Guillaume de Hosden

16s. Henri de Berlaimont

17s. Famille de Wal

18s. (voir dalle à ce nom en l’Eglise de Tavier)

19s. Donnéa, Jamar-Ghysens, Lamarche, Dodémont

20s. Moës, Jacques Cession (actuel propriétaire).

II. LES BATIMENTS

a. La Seigneurie (15 et 16 s)

Bâtiment à gauche lorsqu’on se trouve dans la cour intérieure, face au château. L’excellent état des bâtiments est dû aux soins particulièrement attentifs des actuels propriétaires.

Ces bâtiments comprennent un corps de logis, une salle de garde (ou salle d’armes), une chapelle très finement restaurée et une tour ronde. D’importantes ouvertures ont été comblées au cours du temps.

Sont à remarquer: meneaux et croisées de fenêtres en pierre et les encadrements de portes cintrés. Côté nord, les baies à linteaux triangulaires.

b. Le château (corps de logis actuel)

La construction de ce bâtiment, style Mansard, peint en blanc, date de 1808 (Donnéa). La date et le monogramme sont visibles sur le fronton triangulaire de la façade Sud.

Le château – Photo R. BERTRAND.

Le bâtiment aurait été érigé à l’emplacement d’un mur d’enceinte effondré fin de 18s. Côté Nord, une légère avancée avec perron à deux volées d’escalier, donne sur une terrasse dominant la Magne, soutenue par un mur monumental avec deux escaliers imposants donnant accès au niveau du ruisseau.

c. Les bâtiments fermiers

La grange: Construction qui date de 1497 (date sur la clé d’encadrement d’entrée). La charpente de chêne y est remarquable.

Porche et tour carrée: Construction datant de 1573 (date sur pierre du porche d’entrée légèrement à gauche).

Habitation et dépendances (16s.): A remarquer plusieurs meurtrières extérieures et deux meurtrières intérieures (sur la cour).

Bâtiment entre grange et corps de logis: Petit bâtiment ajouté par la suite à l’emplacement d’un mur d’enceinte.

d. Le moulin

Il se trouve situé à quelques centaines de mètres des bâtiments principaux et sa dernière construction daterait du 18s. Réhabilité par le propriétaire actuel en habitation, il comporte encore:

A l’extérieur: la roue du moulin (qui n’est plus opérationnelle), quelques meules, et le bief amenant l’eau à la roue.

A l’intérieur: un peu de machinerie, un escalier meunier et quelques crochets de meules.

Vue actuelle du moulin. – Photo R. BERTRAND.

« Mémoire de Neupré » tient tout particulièrement à remercier Monsieur et Madame CESSION, pour avoir autorisé la visite du site de « la Chapelle » et pour les documents qu’ils ont bien voulu communiquer.

A propos d Bonsgnée


Notes provenant de Monsieur VANDENVEN de Tilff et communiquées par Madame XHENSEVAL.
Un rapport déposé à l’Administration des Mines (Liège, 27 mars 1848), signale l’exploitation de la mine de BAUSGNEE (BONSGNEE) exploitée par 3 puits (une centaine d’ouvriers). Le minerai était envoyé à SCLESSIN.
S’agirait-il de l’explication concernant les « monticules » signalés par Auguste DROMELET dans l’article sur BONSGNEE.
(voir « Les cahiers de jadis » n2,3,4)

Histoire du château de Neuville (II)

Nous sommes au début du XVIIIe s. : « Siècle des Lumières ».

Pour LIEGE et sa principauté : phase intense de construction et de rénovation, manifestation évidente d’un certain art de vivre.

Pour les châteaux de l’époque, on accordera également de l’importance à l’aménagement de l’environnement. Le château de NEUVILLE en est un bel exemple.

En 1724, les LANNOY acquièrent le château par mariage.

Leur seigneurie le marqua de son empreinte pendant 130 ans, au cours desquels il connaîtra son apogée : de forteresse, il devient « demeure de plaisance ».

L’accès au château – Document A.C.L. n81654.

Dans les notices historiques d’Amédée de RYCKEL, 18921 , on peut lire : … « En 1724, Aldegonde-Louise-Françoise de WARNANT devint la femme de Damien-Adrien-Ernest de LANNOY-CLERVAUX.

Leurs descendants se maintinrent à la NEUVILLE jusque la Révolution et continuèrent à posséder le château jusque dans la moitié de notre siècle.« .

Vue sur le jardin à travers l’oculus.

1 Nous devons à Abel LURKIN2, les relations suivantes :

« A l’époque, les seigneurs de la NEUVILLE étaient les maîtres absolus dans la région. Tout dépendait d’eux. Soucieux d’en faire une demeure de plaisance à la fois somptueuse et ravissante, Adrien-Jean-Baptiste de LANNOY employa trente ans de travaux ainsi que des milliers de Louis. Le goût du mobilier, l’art des décorateurs permirent d’affirmer, peu avant la Révolution, que le château de la NEUVILLE figurait parmi les plus beaux, les plus remarquables de la Province de Liège. A la Révolution, Adrien J.B. de LANNOY, avait été contraint d’émigrer. Lorsqu’il revint, il obtint l’assurance que la NEUVILLE serait rendu à sa famille.

Attardons nous quelque peu sur cette magnifique gravure de Remacle le Loup datant de 17433. Nous référant à L.F. GENICOT4 , nous pouvons retracer le suivi des changements et améliorations que nous situons dans la moitié du XVIIIs.

« . Toutes les façades de la demeure furent ajourées des fenêtres que l’on connaît aujourd’hui, les sous-sols aménagés pour les services, une tourelle d’escalier supprimée dans le coin de la cour d’honneur et l’intérieur entièrement paré de boiseries et de stucs soignés de goût rocaille, voire style LOUIS XVI déjà, dont il ne reste plus rien hélas. Au même moment les salons du bel étage s’ouvrirent au midi sur des jardins français auxquels les reliait un pont de plain-pied et sur de longues perspectives de drèves s’éloignant de ce côté. La basse-cour s’est accrochée au château même, qu’elle amplifiait d’autant vers le nord. « 

Nous terminerons notre observation de cette gravure par le JARDIN REGULIER DIT A LA FRANCAISE. La Neuville est cité dans l’inventaire des châteaux de la Principauté de Liège présentant un jardin régulier au XVIII s.5. Cette appellation est adéquate car sa construction respecte les caractéristiques d’unité, de grandeur, de symétrie, d’axe, de zones de tels jardins. Une analyse comparative de cette gravure, de documents postérieurs et sur le terrain, nous permet de mettre en évidence les différents éléments de cette magnifique décoration : les proportions, la séparation en deux niveaux, la forme géométrique régulière, divisée en compartiments, aux parterres de forme rectangulaire, les bassin et jet d’eau,
les allées droites. Le tout fermé par un mur de clôture en pierre, entrecoupé de grilles, marqué par deux pavillons d’angle et deux oculus.

L’ accès au château, à cette époque, se faisait par le Sud, soit côté jardins (une allée bordée de tilleuls existe encore dans le cimetière militaire américain). Après avoir franchi le portail, le pont et le passage sous le donjon, le visiteur se trouvait sous la galerie au pied de l’escalier d’honneur.

Au milieu du XVIIIs., la basse-cour laisse la place à la belle et grande ferme que nous connaissons …(à suivre).

Agnes DUMOULIN.


1     de RYCKEL Amédée : « Les communes de la Province de Liège », notices historiques 1892 – Réimpression en 1979.

2     LURKIN Abel : « Le cimetière sylvestre » (?) – Ed. St Hubert-VERVOZ par Ocquier (vers 1940).

3     de SAUMERY Pierre Lambert : Les Délices du Pays de Liège – 1743 Réimpression Bruxelles 1970.

4     GENICOT L.F. : Le grand livre des châteaux de Belgique – Ed. VOKAER – Bruxelles 1977.

5     DUMOULIN Benoît – Histoire de l’art des jardins réguliers au XVIIIs. dans la Principauté de Liège. Mémoire 1987.

Neupré sous l’ancien régime

APERCU SUCCINCT DES INSTITUTIONS POLITIQUES, ADMINISTRATIVES, JUDICIAIRES ET SOCIALES DE NEUPRE SOUS L’ANCIEN REGIME.

2ème partie.

Sous l’Ancien Régime, le duché de Limbourg forme avec les pays d’Outremeuse une des XVII provinces dont la concentration s’est accomplie sous Charles-Quint en 1549.

Après la séparation des sept provinces protestantes du Nord en 1579, le duché de Limbourg et les pays d’Outremeuse continueront, bien qu’amoindries, à faire partie des dix provinces catholiques du Sud qui constituent les Pays-Bas espagnols d’abord, autrichiens ensuite (1714-1794).

Le duché de Limbourg comprend les villes et bourgs de Limbourg (la « capitale »), de Herve et d’Eupen, ainsi qu’un grand nombre de villages divisés en « bans »: Baelen (Limbourg, Baelen, Welkenraede, Henri-Chapelle, Eupen, …), Walhorn (Walhorn, Astenet, Eynatten, Kettenis, Raeren, …), Montzen (Montzen, Gemmenich, Kelmis/La Calamine, Moresnet, Teuven, …), Herve, qualifié de « quartier wallon » (Herve, Hodimont, Battice, Chaineux, Charneux, Clermont, Dison,…) et enfin les Neuf Seigneuries formant une enclave complètement séparée du restant du duché par les principautés de Liège et de Stavelot-Malmedy: les Deux Seigneuries d’en deça des bois (Lontzen et Wodémont) et les Sept Seigneuries d’au delà des bois (Baugnée, La Chapelle, Esneux, La Rimière, Sprimont, Tavier et Villers-aux-Tours).

Au cours des siècles, les institutions des Pays-Bas et du duché de Limbourg ont fait l’objet de différentes réformes dont les dernières en date, impulsées par l’empereur Joseph II, seront à l’origine de la Révolution brabançonne (1789-1790)



Ces institutions sont malgré tout marquées par une certaine permanence dont nous allons tâcher de tirer les traits essentiels. L’organisation politique et administrative des Pays-Bas repose sur le chef de l’Etat, le souverain des Pays-Bas qui est aussi, depuis Charles-Quint, empereur élu à la tête du Saint Empire romain germanique, roi d’Espagne, archiduc d’Autriche, …


XVIe siècle.


Armes de Guillaume d’Argenteau

Accaparé par de multiples tâches, l’empereur ne peut séjourner constamment chez nous: il délègue ses pouvoirs à un gouverneur général ou à une gouvernante qui sont eux-mêmes représentés dans chacune des provinces des Pays-Bas par un gouverneur provincial assisté par un Conseil provincial. A la différence des autres provinces, le duché de Limbourg et les pays d’Outremeuse ne disposent pas d’un Conseil provincial qui leur soit propre: depuis le XIIIe siècle et surtout depuis le « Joyeuse entrée de 13561, le Limbourg et les pays d’Outremeuse sont étroitement unis au destin du duché de Brabant et dépendent du Conseil provincial brabançon.

Au niveau local, des baillis nommés par les seigneurs locaux (nous y reviendrons) ou des directeurs élus par les manants d’une seigneurie, assistés par un Conseil de régence, représentent le prince, tant en administrant les biens, obligations et droits de la communauté des habitants d’une seigneurie.

C’est en 1695 qu’une ordonnance du roi Charles II d’Espagne autorisa la communauté d’Esneux à se choisir un directeur en lieu et place du bailli désigné par le comte d’Esneux, Guillaume-Ulrich d’Argenteau. Cette passation de pouvoir ne se fit pas sans heurts, puisque le premier directeur élu, le colonel de Marteau (+ 1701) soutint énergiquement les revendications et les récriminations adressées par les Esneutois à l’encontre de leur ancienne régence et des représentants du comte d’Esneux.

Marc LORNEAU.

La « Joyeuse entrée » est une charte de privilèges « constitutionnels » accordés aux habitants du Brabant et du Limbourg. Elle reconnaît l’indivisibilité du pays Brabant-Limbourg, l’obligation pour le prince de ne conclure d’alliance, de n’entreprendre de guerre,… qu’avec le consentement de ses sujets: cette charte correspond à la célèbre Paix de Fexhe de 1316 qui fait office de « constitution » de la Principauté de liège sous l’Ancien Régime.

Les arbres de notre commune (IV)

  1. Les chênes.
    A l’époque pré-chrétienne, le culte du chêne était répandu à travers toute l’Europe. Il était tellement ancré dans les moeurs de certains peuples qu’il a, chez eux, longtemps survécu à leur conversion au christianisme. Ces chênes sacrés étaient certainement de très vieux arbres.

    A l’époque romaine, les immenses forêts de chênes de Germanie émerveillèrent les armées de César qui y pénétrèrent, mais elles firent aussi naître chez eux une sorte d’inquiétude et même de terreur sacrée, dont Pline et Tacite se sont fait les échos.

Bref, nul besoin de multiplier les exemples pour mettre en exergue l’importance du chêne à travers l’histoire, les contes et légendes et les mythologies.

Dans nos régions, le chêne apparaît notamment, sous diverses formes, dans la dénomination de lieux-dits. Par exemple, seul ou avec une détermination de lieu, il peut, à l’instar du tilleul, marquer des limites. Il peut s’agir aussi de détermination numérique : c’est le cas de cet endroit, « en lieu dit quattre cheines jurisdiction de Plainev aux (1735) ».
Un nom propre de personne peut se présenter également en fonction de génitif. C’est le cas du « tchinne Bôdî » (Chêne Body) à Plainevaux.

L’examen de l’extrait du plan « POPP » amène quelques remarques.

Le noms des lieux-dits : Campagne de Chainbaye ou Tchinbaye
Grande Mousette
Enclos des Chartreux
Derrière chez Breffeau
En Chaffour.

Remarquez également le nom des rues :

  • Le chemin dit « Tiège des Fawes », devenu rue des Chartreux.
  • Le chemin dit ruelle Linette, actuellement rue Linette.
  • Tiège Garitte, devenu rue Tesnière.
  • Voie du Sacrement, pour le sentier reliant la rue Tesnière à la rue des Chartreux.
  • La ruelle des Loups a disparu, sur la photo la moitié du tronçon apparait encore. Cette ruelle a probablement fait l’objet d’un déclassement en 1930.

Remarquez enfin l’emplacement « précis » du chêne « BODY », visible sur la photo aérienne et représenté par une croix sur le plan POPP.
Vue aérienne de PLAINEVAUX – sur les HEIDS – Au centre le chêne BODY (1947) – Photo I.G.N.

Le rôle cultuel du chêne réapparaît par l’intermédiaire d’abris ou de soutiens de croix ou d’oratoires de carrefours.
A ce titre, il rejoint également le tilleul dans la symbolique des essences. Sur le territoire de notre commune, on pouvait relever, par exemple, le « tiege de chaisne del croix (1650) » et le « tchinne Diu Marîye(1664) » à Plainevaux. Dans cette même localité, on trouvait également un « â tchinne dè leû » (chêne-du-loup).

Des épithètes variées peuvent précéder le mot. On trouve ainsi « une partie des héritages de la cense d’Angoxhe en lieu dit au chappé chaisne (1639) » ou « au tiege de chappé chesne (1657) » à Rotheux-Rimière. Il s’agit de chênes fendus à leur base. On trouve également un fourchu chêne à Plainevaux (1697) et « à crankillier chaisne (1593) » (c’est à dire un chêne au tronc tors) à Rotheux-Rimière. Dans un acte de délimitation de la Rimière, daté de 1593, on trouve : »jusques à un broulé chaisne ». S’agit-il d’un chêne brûlé par un accident ou marqué au feu comme point de repère ? Par ailleurs, citons à ce titre, le « tchinne al lèveure » (chêne à la levure) de Plainevaux, sur lequel nous reviendrons dans un prochain article.

Enfin, rappelons que, à l’image d’autres arbres, les chênes ont servi à délimiter territoires et juridictions. Au hameau de « Sept-Fawes » ou « â sèfâwe », mi-partie sur Rotheux et Neuville, on remarquait l’ancienne limite du Pays de Liège (Neuville) et du Duché de Limbourg (Rotheux). Cet extrait le précise (en ancien français …) : « chimeismes demy bonir fait desevranches là encontre de le evesqueit de liege et de la dicte terre Dasteneur » (1363); ou encore, « celle maison de sept fawes partie dudit Liege, partie du bancq de Sprimont, pays dudit Limbourg » (1669). En 1657, soit douze ans auparavant, est fixée la séparation de la seigneurie de la Rimière de celle de Neuville : « Et après at été enseigné pour la limitte entre la seigneurie de la Rimier et du banc de Sprimont ung chesne a plus près de l’entredeux des héritages Jean del haye scitué en la saziamée, que l’ont tient faire limitte entre les deux seigneuries susditte et celle de la 9 (sic) ville ».

                                     Alain-Gérard KRUPA.

La rue du village – NEUVILLE.

D’un petit chemin bucolique qui serpentait entre les maisons de pierres, « encombré » de piétons et bordé de haies vives clôturant les vergers, les années en ont changé le visage en abattant les vieux poiriers, en déracinant les grands sapins aussitôt remplacés par des poteaux « électriques », et l’avènement de l’automobile en a rectifié le trajet qui jadis invitait à la flânerie.

Joseph FILEE.

LA MORT DU GENERAL CASTLE

Dimanche 24 décembre 1944.

Très haut, à plus de 6000 mètres au-dessus de la Hesbaye libérée, à quelques minutes de Brusthem, l’US Air Force, le puissant corps de bombardiers américains, opère sur l’Europe.

Derrière la forteresse de Henry MAC ARTY, 2045 autres quadrimoteurs sont en l’air vers la RHENANIE où, à Saint-Vith, le convoi aérien se scindera en 3 flottes lancées vers leurs objectifs.

A la pointe de l’Armada, cent forteresses volent vers Francfort avec à leur tête le B-17G de commandement. C’est un appareil tout neuf, en duralumin vierge de peinture: l’empennage est peint en jaune vif et timbré du « P » blanc sur carré noir qui dénote le Groupe 487; sur ses flancs, de part et d’autre de l’étoile blanche liserée de bleu, les lettres noires « 2GC » identifient le Squadron 836 et l’avion dans le groupe.

Aujourd’hui, un équipage de 10 hommes occupe l’avion et parmi ceux-ci, au siège de copilote, le Brigadier Général d’aviation Frederick CASTLE. Ce petit homme blond, à la voix monocorde, un vrai bourreau de travail, commande le 4 Bombardement.

Le matin, vers 9 heures, il s’est faufilé dans les entrailles métalliques du quadrimoteur qui allait devenir son cercueil. Rien ne distingue ce militaire de haut rang des autres aviateurs. A 12H30, le Groupe de tête passe donc à la verticale d’Eghezée. Là, le navigateur MAC ARTY explique que le moteur n1 du B-17 perd de l’huile, il faut donc réduire la puissance et la vitesse de l’avion…

CASTLE transmet sa responsabilité de Commandant aérien au meneur en second, le Commandant MAYFIELD qui vole dans un avion voisin.

La LUFTWAFFE, alertée par les radars des côtes hollandaises et guidée par ceux de l’Eifel, survole les Ardennes jusqu’à LIEGE. Trois chasseurs allemands sont signalés lorsque la forteresse de CASTLE doit se dégager à gauche, au-dessus de l’axe SAINT-SEVERIN – COMBLAIN. CASTLE reste d’abord sous la protection de la formation; les 3 Allemands foncent plein SUD sans tirer. Ce danger passé, la Forteresse, continuant à perdre du terrain, doit de nouveau dégager à gauche. CASTLE aurait pu se délester de ses 2 tonnes de bombes et ainsi allégé, continuer avec ses amis. Mais il a refusé de larguer ses explosifs au-dessus des territoires libérés et habités.

Un BF 109 allemand, isolé, tiraille sur la forteresse et blesse le radariste à la jambe droite. Trois autres Allemands déboulent, tirant de toutes leurs armes, ils incendient les moteurs, le commandant de bord ordonne à l’équipage d’abandonner l’avion.

Trois hommes sautent en parachute, deux sains et saufs, le 3 se fracturera la jambe gauche et aboutira à l’hôpital de Bavière. Au moment où le 4 se prépare à sauter, un « 20mm » allemand explose dans l’aile droite, dans un réservoir. Les vapeurs d’essence achèvent le travail destructeur. Le quadrimoteur s’engage en brutale vrille qui soude les occupants aux parois.

Un ouragan de feu balaie le fuselage arrière, le quadrimoteur se brise.

Les deux occupants radios ne survivront pas, PROCUPIO est retrouvé grièvement blessé sous son parachute, le radio SWAIN n’a pas pu boucler son parachute. C’est lui qu’André PAHAUT, adolescent de 15 ans, voit, depuis HODY, tomber désarticulé, sur la terre gelée.

Le fuselage arrière ainsi que l’aile droite tombent dans un bois de BAUGNEE, la section de queue gît à 1 km de TAVIER.

Le général CASTLE est attaché à son siège de pilotage de droite d’où il a tenté de contrôler l’avion, HARRIMAN est cloué à la membrure par l’écrasante force centrifuge de la vrille. L’épave touche terre, sous un angle de 30. Les bombes sont encore à bord, elles explosent sous l’impact, dispersant à 200 m à la ronde débris humains et ferrailles, il est 12H40.

A ROTHEUX-RIMIERE, un peu de fumée noire monte des frondaisons bordant le ruisseau du BOIS des MOGES, à 800 m du château d’ENGLEBERMONT.

CASTLE ET HARRIMAN seront inhumés au Château puis à HENRI-CHAPELLE qui est alors le cimetière de campagne américain le plus proche.

La mémoire de CASTLE sera perpétuée par l’attribution, à titre posthume, de la plus haute décoration militaire de son pays: la MEDAILLE d’HONNEUR du CONGRES.